Foot actu
Cabinda

Cinq ans après le drame, les questions demeurent...

8 janvier 2010. Une date inoubliable pour les Togolais dans leur ensemble. Car c’est celle à laquelle le malheur venait frapper leur football jusque dans les entrailles. Ce jour-là, le bus de l’équipe nationale de football a été mitraillé par des indépendantistes, à Cabinda, une enclave du territoire angolais, où devaient se dérouler des matches de la CAN 2010.

Au moins deux morts, des blessés et un profond traumatisme chez les Éperviers et au sein du football togolais. Cinq ans après, on s’en souvient encore comme si c’était hier.

Alors que l’équipe nationale de football effectuait un banal parcours en bus entre le Congo-Brazzaville et l’enclave angolaise de Cabinda, des indépendantistes vont semer la mort parmi la délégation.

Sitôt la frontière franchie, le véhicule est mitraillé à l’arme lourde par des militants du Front de Libération de l’Enclave de Cabinda (FLEC). Joueurs et encadreurs se jettent au sol mais le chauffeur angolais est atteint. Puis, c’est au tour d’Abalo Amélété, l’entraîneur adjoint, et de Stanislas Oclo’o, le chef de presse de la délégation, de périr sous les balles assassines des hommes de Rodrigues Mingas.

Les joueurs, choqués par près de trente minutes de rafales, ne sont pas épargnés. Le défenseur Serge Akakpo est sérieusement touché et le gardien de but Kodjovi Obilale est grièvement blessé. Sur place, le chaos et la confusion règnent.

La Confédération africaine de football (CAF) accueille avec scepticisme les faits rapportés par les journalistes étrangers présents. Le président de l’institution, Issa Hayatou, refuse de s’exprimer. Finalement, dans la nuit, la CAF sort de son silence avec un argument polémique : la délégation togolaise aurait évité le drame en respectant le règlement de la CAN, à savoir en prenant l’avion et pas le bus.

D’un point de vue réglementaire, la CAF a raison et la Fédération togolaise de football (FTF) a tort. Mais le manque d’humanité de la CAF, sa volonté de ne pas froisser l’Etat angolais, provoquent la colère au Togo.

A Cabinda, les Éperviers sont partagés dans les heures qui suivent l’attentat entre rentrer au pays ou disputer la CAN. Le gouvernement togolais va décider pour eux. Pascal Bodjona, ministre de l’Administration territoriale à l’époque, ordonne le rapatriement d’Emmanuel Adebayor et sa suite. Le groupe B se réduit alors à trois : Burkina-Faso, Côte-d’Ivoire et Ghana.

Un forfait qui provoque la fureur de la CAF. Ainsi, le 30 janvier 2010, le Togo est suspendu pour les éliminatoires de la CAN 2012 et 2013. Ce n’est qu’en mai 2010 que la CAF revient sur sa décision grâce à une médiation de la FIFA.

Si Abalo Amélété et Stan O’cloo ont laissé leur vie dans ce drame, Kodjovi Obilale en est le symbole. Le gardien de but est rapatrié en France après plusieurs semaines d’attente. En Bretagne, le joueur est soutenu par l’Union nationale des footballeurs professionnels français (UNFP), puis reçoit 100 000 dollars d’aide de la FIFA.

L’une des conséquences majeures de ce drame est sans nul doute la calamiteuse campagne éliminatoire pour la CAN 2012. Les Éperviers finissent avant-derniers de la poule K avec 4 défaites, 3 nuls et 1 victoire. Même si en 2013, les Togolais ont surpris le monde entier en se qualifiant pour la première fois de leur histoire pour les quarts de finale d’une Coupe d’Afrique, il faut reconnaître que les chenilles métalliques de Cabinda ont laissé des traces qu’il faut sérieusement panser pour espérer redonner de l’éclat au football togolais.

Cinq ans après, des questions restent toujours posées. Les auteurs de cet attentat sont toujours dans la nature et les indemnisations promises par l’état angolais traînent toujours….